Caillebotis antidérapant : classes, normes et critères de prescription

L’antidérapance d’un caillebotis se prescrit, elle ne se constate pas. Elle s’exprime par une classe issue d’un essai normalisé sur plan incliné, définie en France par la norme NF EN 16165. Un caillebotis PRV n’est pas antidérapant par nature : la performance dépend de sa surface, et elle se vérifie sur le procès-verbal d’essai du produit retenu.

Pourquoi l’antidérapance se prescrit

La glissade n’est pas un risque marginal en industrie. Les chutes constituent la deuxième cause d’accident du travail tous secteurs confondus, avec environ 126 000 accidents pris en charge chaque année, et près de six accidents liés à une chute sur dix relèvent d’une chute de plain-pied.

Le poids économique est proportionné. Un arrêt de travail consécutif à une chute coûte en moyenne 3 700 euros, soit environ un tiers de plus que la moyenne tous accidents confondus, et la durée moyenne d’arrêt dépasse 70 jours. Les chutes représentent 20 % des accidents du travail mais 25 % des dépenses de santé et d’indemnisation.

Source : Assurance Maladie – Risques professionnels, communiqué du 15 mars 2022, Les chutes au travail : données statistiques et actions de prévention. Consulté le 19 juillet 2026.

Pour un platelage industriel, l’antidérapance relève donc du même niveau d’exigence que la charge d’exploitation ou la tenue chimique. Elle mérite une ligne dédiée dans le cahier des charges, pas une mention générique.

Le référentiel applicable

Deux méthodes allemandes ont longtemps servi de référence : DIN 51130 pour les sols parcourus chaussé et DIN 51097 pour les sols parcourus pieds nus. Ces méthodes sont aujourd’hui reprises dans la norme européenne NF EN 16165, dans sa version d’octobre 2021, qui rassemble les méthodes d’évaluation de la résistance à la glissance des surfaces de circulation piétonne.

En France, l’essai de plan incliné fait par ailleurs l’objet de la norme XP P05-010, et le classement des locaux selon leur résistance à la glissance de la norme XP P05-011. C’est le cadre auquel renvoie l’INRS dans son aide-mémoire technique consacré aux glissades.

La norme comporte quatre annexes normatives correspondant chacune à une méthode d’essai.

AnnexeMéthodePolluantClassement obtenu
APlan incliné, pieds nusEau savonneuseClasses A, B, C
BPlan incliné, pieds chaussésHuileClasses R9 à R13
CPenduleSec et humideValeur PTV
DTribomètreSec et humideCoefficient de frottement

Source : NF EN 16165, Determination of slip resistance of pedestrian surfaces. Methods of evaluation, version d’octobre 2021. Référence vérifiée sur le catalogue AFNOR le 19 juillet 2026.

Pour un caillebotis de site industriel, parcouru avec des chaussures de sécurité et exposé à des salissures grasses ou humides, c’est l’annexe B qui fait foi. Les classes A, B et C de l’annexe A concernent les sols parcourus pieds nus, comme les abords de bassins publics, et n’ont pas d’usage en platelage industriel.

Les classes R et leur signification

L’essai de l’annexe B repose sur un principe simple. Un opérateur chaussé marche sur la surface à tester, enduite d’huile, montée sur un plan dont l’inclinaison augmente progressivement. On relève l’angle auquel il commence à glisser. Cet angle détermine la classe.

Classe DIN 51130Angle exigéClasse XP P05-010Angle exigé
R 93 ≤ α < 10PC 66 ≤ α < 10
R 1010 ≤ α < 19PC 1010 ≤ α < 20
R 1119 ≤ α < 27PC 2020 ≤ α < 27
R 1227 ≤ α < 35PC 2727 ≤ α < 35
R 13α ≥ 35PC 35α ≥ 35

Source : INRS, Les glissades. Prévention technique et méthodes de mesure, aide-mémoire technique ED 6210, 2015, tableau 2 (classement des revêtements de sol « pieds chaussés avec de l’huile »). Angles exprimés en degrés.

Ce tableau appelle une remarque que les fiches produit passent sous silence. Il existe un classement français, PC 6 à PC 35, défini par la norme XP P05-010, à côté du classement allemand R 9 à R 13 issu de DIN 51130. Les deux reposent sur le même essai de plan incliné mais leurs bornes ne coïncident pas exactement : un revêtement mesuré à 19 degrés relève de R 11 et de PC 10. Spécifier une classe sans préciser le référentiel laisse donc place à l’interprétation.

Pour les sols parcourus pieds nus, le même document donne la correspondance entre les classes A, B et C de DIN 51097 et les classes PN 6 à PN 24 de XP P05-010. Ce cas ne concerne pas le platelage industriel.

Une précision utile pour lire une fiche produit : une classe s’applique à une gamme et à un état de surface donnés, pas au matériau composite en général. Deux caillebotis PRV de fabricants différents, ou deux finitions d’un même fabricant, n’ont aucune raison d’afficher la même classe.

Certaines fiches mentionnent aussi un classement de type V, lié à la capacité de drainage de la surface. Ce paramètre répond à sa propre méthode de détermination : il se lit sur le procès-verbal d’essai du produit et ne se déduit pas de la classe R.

Comment un caillebotis PRV devient antidérapant

Le composite brut, lisse et résineux, n’offre pas d’adhérence particulière. L’antidérapance résulte d’un traitement de surface, et les procédés ne se valent pas dans la durée.

  • Surface concave moulée : le relief est obtenu directement au moulage. Il fait corps avec la pièce.
  • Grain de quartz intégré : des particules de quartz sont incorporées en surface pendant la fabrication, en granulométrie fine, moyenne ou grossière selon l’adhérence recherchée.
  • Bande rapportée : un revêtement antidérapant est collé ou fixé sur le barreau. Solution fréquente en rénovation, mais dont la tenue dépend de l’adhésion dans le temps.

La logique de choix est celle du compromis. Un grain grossier offre une adhérence supérieure mais retient davantage les salissures et rend le nettoyage plus difficile, ce qui compte en milieu alimentaire ou en zone lavée à haute pression. Un grain fin se nettoie mieux et s’use plus vite.

Un doute sur la finition adaptée à votre zone ? Décrivez le milieu, la fréquence de lavage et le type de salissure dans une demande de chiffrage. La finition se détermine avec ces éléments.

Adapter l’exigence au milieu

La classe à exiger dépend de ce qui se trouve réellement sur le sol. Le tableau ci-dessous ne fixe pas de classe minimale : cette correspondance relève de la norme XP P05-011, qui établit un classement des locaux en fonction de leur résistance à la glissance, et des recommandations propres à votre branche. Il recense les contraintes à prendre en compte avant de rédiger l’exigence.

MilieuContrainte dominantePoint de vigilance
Intérieur sec, circulationPoussièresExigence modérée suffisante dans la plupart des cas
Extérieur, intempériesEau, gel, feuillesDrainage de la surface autant que l’adhérence
AgroalimentaireGraisses, lavage fréquentAdhérence élevée mais surface nettoyable, arbitrage à poser
Traitement de l’eauHumidité permanente, alguesAdhérence en continu mouillé, pas seulement ponctuel
Chimie, zones de rétentionProjections, films glissantsCompatibilité de la finition avec l’agent chimique
Zones huileuses, maintenanceHuiles et lubrifiantsCas de référence de l’essai annexe B

Une erreur fréquente consiste à exiger la classe la plus élevée partout. Elle coûte plus cher, complique le nettoyage et s’use plus vite sans bénéfice réel dans une zone sèche peu circulée. L’exigence se cale sur la zone, pas sur le site.

Pour les milieux spécifiques, les contraintes propres sont détaillées dans nos pages sur le caillebotis en industrie chimique et le caillebotis en station d’épuration.

L’usure et le contrôle dans le temps

Une classe est mesurée sur un produit neuf. Elle ne dit rien de son état au bout de cinq ans de passage, de nettoyages répétés et d’abrasion. C’est le point le moins traité dans la documentation disponible, et pourtant le plus déterminant pour la sécurité réelle des exploitants.

Trois réflexes limitent la dérive :

  1. intégrer l’antidérapance aux rondes de contrôle, au même titre que la fixation et la déformation,
  2. surveiller en priorité les zones de passage concentré, où l’usure est la plus rapide et la plus localisée,
  3. définir dès l’achat un critère de remplacement, plutôt que d’attendre l’incident.

Les procédés ne vieillissent pas de la même façon. Un relief obtenu au moulage disparaît avec la matière, donc lentement. Un revêtement rapporté peut se décoller localement, ce qui crée une discontinuité plus dangereuse qu’une usure uniforme parce qu’elle surprend.

Ce qu’il faut écrire au CCTP

Une spécification exploitable tient en quelques lignes précises. À réunir avant rédaction :

  1. la classe minimale exigée selon l’annexe B de NF EN 16165, zone par zone,
  2. l’exigence de fourniture du procès-verbal d’essai du produit proposé, et non d’une simple mention commerciale,
  3. le procédé d’antidérapance accepté ou exclu, notamment si les revêtements rapportés ne sont pas souhaités,
  4. la compatibilité de la finition avec les produits de nettoyage employés sur le site,
  5. le cas échéant, l’exigence de drainage, distincte de la classe R,
  6. les critères de contrôle en exploitation et de remplacement.

Formuler une exigence chiffrée accompagnée de la demande du procès-verbal évite l’écueil courant du « antidérapant » non qualifié, qui n’engage personne et ne se vérifie pas à la réception.

L’antidérapance ne se choisit pas isolément : elle se combine à la portée entre appuis, à la charge d’exploitation et à la maille. Notre calculateur de portée permet de dégrossir le dimensionnement avant de figer la spécification.

Questions fréquentes

Un caillebotis PRV est-il antidérapant d’origine ?
Non. Le composite brut est lisse. L’antidérapance provient d’un traitement de surface, moulé ou rapporté, dont la performance se lit sur le procès-verbal d’essai du produit.

Quelle est la différence entre les classes R et les classes A, B, C ?
Les classes R proviennent de l’essai pieds chaussés avec huile, décrit à l’annexe B de NF EN 16165. Les classes A, B et C proviennent de l’essai pieds nus avec eau savonneuse, décrit à l’annexe A. En platelage industriel, seules les classes R sont pertinentes.

Faut-il toujours viser la classe la plus élevée ?
Non. Une adhérence très forte s’accompagne généralement d’un relief marqué, qui retient les salissures et complique le nettoyage. L’exigence se détermine zone par zone selon la nature réelle du polluant au sol.

Que signifie un classement de type V sur une fiche produit ?
Il caractérise la capacité de drainage de la surface. Il répond à une méthode de détermination distincte de la classe R et se lit sur le procès-verbal d’essai, sans se déduire de la classe d’adhérence.

L’antidérapance diminue-t-elle avec le temps ?
Oui. Une classe est mesurée sur produit neuf. L’abrasion, les nettoyages répétés et le passage concentré la dégradent, d’où l’intérêt de définir des critères de contrôle et de remplacement dès l’achat.

Une spécification à rédiger ou à vérifier ? Transmettez la zone, le milieu, la charge et la portée dans une demande de chiffrage. Vous recevrez une proposition documentée, procès-verbaux à l’appui.

Références

  • INRS, Les glissades. Prévention technique et méthodes de mesure, aide-mémoire technique ED 6210, 2015, 16 p. Tableaux 1 et 2 (classements plan incliné pieds nus et pieds chaussés).
  • NF EN 16165, Determination of slip resistance of pedestrian surfaces. Methods of evaluation, version d’octobre 2021. Annexe A (pieds nus, eau savonneuse), annexe B (pieds chaussés, huile), annexe C (pendule), annexe D (tribomètre).
  • XP P05-010, Revêtements de sol. Détermination de la résistance à la glissance au moyen du plan incliné, AFNOR, janvier 2004.
  • XP P05-011, Revêtement de sol. Classement des locaux en fonction de leur résistance à la glissance, AFNOR, octobre 2005.
  • DIN 51130 et DIN 51097, méthodes du plan incliné, reprises dans NF EN 16165.
  • DIN 24537-3, Gratings used as floor coverings. Part 3: Plastic gratings, publiée en août 2007.
  • Assurance Maladie – Risques professionnels, communiqué du 15 mars 2022, Les chutes au travail : données statistiques et actions de prévention.

Les classes d’antidérapance, les coefficients de DIN 24537-3 et les classements de drainage sont propres à chaque gamme de produit. Ils sont à exiger au cahier des charges et à vérifier sur le procès-verbal d’essai du produit retenu. Cette page ne leur substitue aucune valeur générique. Rédaction technique PRV Industrie, 19 juillet 2026.

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